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35- Le OU qui change tout.

La lecture de mes derniers articles pourrait laisser penser qu'englué dans le sirop de la trêve des confiseurs je me suis accordé un congé sabbatique, histoire de laisser un temps refroidir ma méthode préférée. J'aurais ainsi mis temporairement fin à mon apprentissage et rangé pour un durée indéterminée mon fidèle Soprani dans sa boite de transport.

Cette boite, toute noire, a tout d'un cercueil et je n'imagine pas une seconde que Soprani pourrait s'y retrouver, étouffé et tout comprimé sur lui même après avoir goûté durant quelques mois les plaisirs salutaires d'une libre et ample respiration.

Car Soprani fait désormais partie de ma vie, il a trouvé sa place dans la maison, bien en vue, posé sur ses petits pieds dans un coin de la pièce, toujours disponible et prêt à jouer.

L'accordéon a cela de particulier que comme vous et moi, il a besoin de respirer pour exister et vivre.

Lorsque je le prends, que je libère son soufflet, je ressens sa gratitude, son plaisir d'être avec moi, il est comme un chien dont on détache la laisse et je le sens frémir de plaisir lorsque je pose mes mains sur ses claviers.

Je dois reconnaître que certains jours son envie de jouer est plus forte que la mienne, c'est lui qui réclamme et non moi qui le sollicite, mais dans ces jours sans enthousiasme, le finaud parvient toujours à trouver les arguments pour me convaincre de jouer avec lui.

Avec la désynchronisation progressive de ma main gauche, Soprani a pris goût aux jeux de basse et il a compris que c'était un bon moyen pour me décider à le suivre. Alors, depuis quelques temps, pour nous échauffer, je commence invariablement chaque séance par les parties main gauche des morceaux en cours ou déja connus. 

Ca me permet de me chauffer les doigts, de détendre le soufflet de Soprani et surtout de bien apprivoiser les rythmes et les tempos tout en imprégnant insensiblement mais durablement ma main gauche. Les complications rythmiques s'accroissant au fil de la méthode, je profite de ces préliminaires pour fredonner les airs afin de caler la mélodie sur la Basse et me préparer utilement à la transposition main droite sur laquelle je peux ensuite me concentrer pendant que la gauche s'acquitte de sa partie. Cette dernière, encore malhabile, se révèle avec le temps aussi intelligente que sa soeur de droite à la condition que je la sollicite et surtout que je lui fasse confiance. Bonne surprise pour quelqu'un qui pensait jusque là que cette particularité était un don de la nature réservé à des individus triés sur volet par une main inique. 

 

A ce sujet, il m'arrive encore quand le doute pointe son gros nez, de me poser les sempiternelles  questions  sur mes capacités à faire de la musique en général et de l'accordéon en particulier.

Le débutant que je suis ne peut en effet s'interdire de penser que, s'il avait été vraiment doué pour ça, on* s'en serait aperçu plus tôt et qu'à l'heure qu'il est, avec quelques décénnies de pratique derrière les bretelles, il serait devenu à tout le moins un honnête musicien.

Or il n'en est rien et je suis bien obligé d'admettre que ma vocation tardive n'a rien à voir avec ce qu'il est convenu d'appeler un don. En m'attaquant à l'accordéon, je sais que je n'ai rien à attendre de facilités ou aptitudes naturelles (ma bonne fée devait faire ses courses quand je suis né) qui auraient pu m'aider et m'inspirer. Ma "vocation" n'ayant que des rapports lointains avec l'inné je dois admettre une bonne fois pour toutes que seul le recours à l'acquis me permettra d'avancer. 

 

"Le talent étant une aptitude particulière à faire quelque chose"**, cela exclut a priori toutes mes chances d'en avoir un jour, toutefois le lexicologue me laisse un petit espoir en me faisant savoir qu'une aptitude est une disposition naturelle OU acquise de quelqu'un à faire quelque chose".** 

 

Condamné à être un besogneux, cette aptitude il va donc falloir que je me la gagne, je ne peux compter que sur ma volonté, mon travail et une substancielle dose de courage pour espérer pouvoir progresser sur ce beau chemin semé de difficultés.  Rien n'y est facile, chaque progrès exige sa dose d'efforts et quelques indicateurs se plaisent à me rappeler avec insistance que l'appétit ne suffit pas pour que je mange plus que je ne ne peux avaler. 

Autrement dit, je sais que mes moyens sont limités et qu'il me faudra faire avec.

Cela pourrait être décourageant voire désespérant si sur mon tableau de bord, d'autres indicateurs  ne me disaient que ces limites ne sont ni fixes ni définies et qu'elles peuvent être repoussées dans des tas de directions.

Atteindre un but ambitieux avec des moyens modestes serait donc possible ?

Pirouette pour balayer les doutes? La suite le dira, mais comme ça fait du bien au moral j'en accepte l'augure.

 

* On: les adultes qui m'ont vu naître et grandir.

** Dixit Larousse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



29/01/2013
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